Une histoire de fesses

« Les deux grandes métaphores du XXe siècle : le camp de concentration et la pornographie. » (Imre Kertész)

 

« Au milieu du mois d’octobre 1942, le médecin allemand König et son adjoint Scharführer Neubert opérèrent une sélection. Elle concernait exclusivement les juifs. Les rares « aryens » pouvaient mourir de leur mort naturelle. Bloc par bloc, les Allemands faisaient défiler devant eux les gens complètement nus, et un coup d’oeil sur les fesses décidait du sort de chacun, car aucune autre partie du corps humain ne traduit fidèlement l’état d’amaigrissement que peut atteindre un homme. Les squelettes et les demi-squelettes faisaient des efforts héroïques d’une minute pour paraître devant l’Allemand bravement, gaiement, la cage thoracique sans chair gonflée, le pas trébuchant mais décidé. Cependant, les impitoyables fesses n’admettaient aucun trucage. »

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Georges Wellers, Auschwitz III.

De Drancy à Auschwitz, Edition du Centre de documentation juive contemporaine, Paris, 1946, p. 202.

 

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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