Les fournisseurs civils savaient (on n’arrête pas le commerce)

A côté de la firme Topf et fils, d’Erfurt, spécialiste de la construction des fours crématoires, qui avait déjà travaillé dans beaucoup de camps, et notamment au camp-souche d’Auschwitz, on fit appel à l’entreprise W. Riedel et fils, « béton armé et constructions en superstructure », de Bielitz, à l’entreprise du bâtiment Robert Köhler, de Myslowitz, Schlageterstrasse 13, et à l’entreprise de « béton armé », construction en superstructure et en infrastructure » Joseph Kluge, de Gleiwitz.

On a conservé une partie de la correspondance échangée avec ces firmes. Elle est très intéressante, du fait que les prescriptions concernant l’observation du secret n’y sont pas toujours respectées. C’est ainsi que Bischoff, chef de la direction centrale des constructions des Waffen SS, rend compte à son supérieur hiérarchique, le Brigadeführer SS, l’ingénieur Dr Hans Kammler, le 29 janvier 1943:

« En utilisant toutes les forces disponibles et en dépit de sérieuses difficultés et du froid, nous sommes parvenus, en travaillant jour et nuit, à terminer le crématorium n°III à part quelques détails de finition. Les fours ont été allumés sous la responsabilité de M. l’ingénieur en chef Prüfer, de l’entreprise de construction Topf et fils, d’Erfurt, et ils fonctionnent parfaitement. A cause du froid, il n’a pas encore été possible de décoffrer le plafond de béton armé de la morgue (Leichenkeller); mais cela n’a pas d’importance; puisqu’on peut faire usage de la cave des gazages (Vergasungskeller).

En raison du manque de wagons disponibles, la firme Topf et fils n’a pas pu livrer à temps les installations d’aération et de ventilation commandées par le direction centrale des constructions. Dès qu’elles seront arrivées, on procédera à leur montage. »

 

Kogon

Les chambres à gaz secret d’Etat, Editions de Minuit, 2000, p.198.

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) sont des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l'identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) constitue la tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie à l'image du cogito de Descartes ou du Dasein chez Heidegger.

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