Le soutien des masses dans le totalitarisme et le déni des démocraties

« Le fait que le gouvernement totalitaire, malgré l’évidence de ses crimes, s’appuie sur le substrat de masses, est profondément troublant. Aussi n’est-il guère surprenant de voir spécialistes et hommes d’Etat souvent refuser de reconnaître un tel fait (…) Une publication récente de rapports secrets sur l’opinion publique en Allemagne pendant la guerre (de 1939 à 1944), émanant du service de sécurité des SS est très instructif à cet égard. Elle montre d’abord que la population était remarquablement bien informée de tous les prétendus secrets (massacres de Juifs en Pologne, préparation de l’attaque contre la Russie, etc.), et ensuite « dans quelle mesure les victimes de la propagande étaient restées capables de concevoir des opinions indépendantes ». Quoi qu’il en soit, l’important est que cela n’a nullement affaibli le soutien général dont bénéficiait le régime hitlérien. Il est bien évident que le soutien de masse apporté au totalitarisme ne s’exprime ni par l’ignorance ni par le lavage de cerveau. »

 

Hannah Arendt: Les origines du totalitarisme, vol III, le système totalitaire, p. 7.hannah-arendt-jeune-2

 

 

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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