Généalogie du camp d’Auschwitz

Les origines du camp d’Auschwitz remontent à la Grande Guerre quand un campement temporaire pour les travailleurs saisonniers travaillaient en Allemagne proche avait été créé à proximité même de la ville. L’essentiel du site, avec ses maisons de brique et ses baraques en bois fut utilisé plus tard par l’armée polonais avant d’être pris par la Wehrmacht en septembre 1939 pour en faire un stalag; mais celui-ci fut rapidement fermé et à la fin de l’année l’endroit était presque vide, quoique pour peu de temps. Dans les premiers mois de 1940, des experts SS inspectèrent à plusieurs reprises le lieu pour évaluer les avantages et les inconvénients de son emploi comme KL. A leurs yeux, il n’était pas parfait; les bâtiments étaient en ruine et la nappe phréatique de médiocre qualité. Le pire était que deux rivières, la Sola et la Vistule, confluaient à proximité, créant une zone présentant un risque d’inondation propice aux parasites. Par contre la SS relevait plusieurs avantages. Le site était déjà établi, proche d’un noeud ferroviaire. et pouvait être facilement protégé des regards curieux. Finalement ces arguments l’emportèrent et, en avril 1940, des travaux commencèrent sur les lieux. Confrontée à de nouvelles exigences en temps de guerre, la SS des camps désirait improviser; contrairement à sa récente politique de nouveaux camps construits à des fins précises, elle en revint à son ancienne pratique de conversion de structures existantes.

Officiellement Auschwitz commença à fonctionner à partir du 14 juin 1940 quand arriva le premier convoi de masse de prisonniers polonais, 728 hommes de la prison de Tarnow proche de Cracovie, de l’autre côté de la frontière, dans le Gouvernement général. Pour la plupart, c’étaient des hommes jeunes, dont les étudiants et des soldats, accusés d’une vaste gamme d’activités antiallemandes. A leur arrivée, ils furent agressés par les SS et par quelques-uns des trente kapos allemands qui étaient venus de Sachsenhausen plus de trois semaines plus tôt. Bientôt les vestes et les chemises des prisonniers polonais furent trempées de sang et de sueur Parmi eux, Wieslaw Kielar (voir mon site pour plus d’infos), âge de vingt et un ans, qui reçut le matricule 290. Lorsque ses codétenus et lui se furent alignés sur la place de l’appel, le nouveau chef du complexe, le Hauptsturmführer Karl Fritzsch, auparavant cantonné à Dachau et l’un des cent vingt SS d’Auschwitz, les harangua et leur dit que ce n’était pas là un sanatorium, mais un camp de concentration allemand. « Nous allions bientôt savoir, écrivit plus tard Kielar, ce que cela signifiait, un camp de concentration! »

 

Nikolaus Wachsmann, KL, Une histoire des camps de concentration, Gallimard, 2017, p. 275-276.

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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