Dialogue avec Jean-Claude Milner (6)

Je vous accorderai beaucoup de points.
Comme vous, je rejette absolument la position d’Agamben sur le « musulman ».
Néanmoins, il me semble qu’il faut faire place à un apparaître de la chambre à gaz pour les organisateurs de la solution définitive. Cet apparaître est bien celui d’une technique. Que la chambre à gaz leur soit opaque comme une boïte noire, certes, mais cela n’ôte rien à son statut technique.
Votre dernier paragraphe se place uniquement du point de vue des porteurs du nom juif; cela est légitime, mais il me paraît nécessaire de situer également le projet de solution définitive et la certitude que toute solution définitive de tout problème doit prendre une forme technique (on retrouve le thème de la toute-puissance de la technique).
J’aurais une éventuelle réserve : il me semble qu’il faut radicalement distinguer , sinon même opposer deux propositions : (a) le camp d’extermination se rapporte au Sinaï, (b) la chambre à gaz se rapporte au Sinaï. Votre dernier paragraphe me semble hésiter entre les deux; or, il faut choisir.
Pour ma part, seule la proposition (b) est réelle; la proposition (a) est « réaliste », c’est-à-dire imaginaire.
Bien à vous,
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Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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