Vidéo du discours d’inauguration du colloque sur le camp de Vittel (1941-1944)

Extrait du discours d’inauguration du colloque sur le camp de Vittel (1941-1944) et sa relation à Auschwitz, juin 2016.

 

Pourquoi cette destruction de l’homme par l’homme ? Comment peut-on en arriver là ? Pourquoi en est-on arrivé là ? En somme, chacun se pose ici la question du mal. Le mal a-t-il un sens ? Que de pages sur cette question depuis que l’homme est homme.

Le propre du mal, c’est son absence de sens, son absence de justification, le fait qu’il ne mène à rien d’autre que lui, qu’il est au service de lui-même. En même temps, si le mal n’a pas de sens, il peut avoir une cause et, osons même le mot, il peut avoir une raison, relever d’un calcul, d’une technique, d’une rationalisation.

La question du mal renvoie au débat philosophique entre le mal radical et la banalité du mal. Le mal radical est le mal fait en toute conscience. La banalité du mal est le mal fait en absence de conscience, par devoir, par ce qu’il faut obéir aux ordres. 

Si j’élargis la question, c’est qu’à mon sens, on ne peut comprendre l’histoire du camp de Vittel en elle-même, en la séparant de la grande histoire, de celle de la guerre et de la déportation, de celle des ghettos et de l’organisation de la destruction. En fait, il n’y a pas de petite histoire et de grande histoire. Il n’y a pas de micro et de macro histoire. Il y a seulement un changement d’optique, et ce changement d’optique n’est possible sur ce fond d’une vue générale de l’événement.

Alors quel sens a le mal ? On vient de le dire, il n’en a pas. Si on nomme le mal, peut-on résoudre, guérir le mal ? Parfois oui, parfois non. Tout dépend du mal, nous dira-t-on. Ici, nommer un problème, ce n’est pas le résoudre, mais c’est tenter qu’il ne se reproduise pas.

Il y a une dimension du mal que personne ne supporte, qui est abordé très tôt dans l’histoire de l’humanité, dans le livre de Job, celui du mal que subit le juste. Il y a une autre dimension du mal encore plus insupportable, c’est celui que subit l’enfant. Le mal radical, ce n’est pas le mal fait en toute conscience, cela ne concerne pas directement et premièrement le bourreau, celui qui fait le mal, mais celui qui le subit, celui qui a mal. Le mal radical, c’est la souffrance des enfants.

Les convois 72, du 29 avril 1944, et 75, du 30 mai 1944, déporteront dont 48 enfants de moins de 14 ans, de Vittel à Drancy, puis à Auschwitz pour les gazer immédiatement. Parmi eux, Arkadjusz Dudelzak avait moins d’un an. Je veux lui dédier ce colloque comme symbole de cette voix que je porte et qui se veut porte-parole.

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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