Le monstre ou le bon père de famille? Dématérialisation de la responsabilité et possibilité du pire

« Aucun homme normal n’irait jamais à la chasse aux lapins pour son plaisir, s’il devait tuer le gibier avec ses dents et ses ongles et atteignait ainsi à la réalisation complète de ce qu’il fait en réalité.

Le même principe s’applique, dans une mesure encore plus grande, à l’usage des armes modernes commandées à distance. L’homme qui appuie sur le bouton est complètement protégé contre les conséquences perceptibles de son acte; il ne peut ni les voir ni les entendre. Donc il peut agir impunément, même s’il est doué d’imagination. Ceci seulement peut expliquer que des gens, pas plus méchants que d’autres et qui ne donneraient même pas une gifle à un enfant peu sage, se sont montrés parfaitement capables de lancer des fusées contre des villes en sommeil ou de les arroser de bombes au napalm, livrant ainsi des centaines ou des milliers d’enfants à une mort horrible dans les flammes. Le fait que ce sont des pères de famille bons et normaux qui ont agi ainsi, rend ce comportement d’autant plus inexplicable. »

 

Konrad Lorenz, L’agression, une histoire naturelle du mal, Flammarion, 1969, p.234

 

 

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

Une réflexion sur « Le monstre ou le bon père de famille? Dématérialisation de la responsabilité et possibilité du pire »

  1. Obéir aux ordres est la solution de facilité. C’est la désobéissance qui requiert non seulement du courage, mais également l’acceptation des conséquences (pour un soldat: cour martiale). Et puis, il est tellement simple d’apaiser sa conscience … il y aura toujours quelqu’un qui soit prêt à le faire, alors à quoi bon réclamer?

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