Dieudonné et la défaite cinglante du politique et des médias

J’avoue! Ne me châtiez pas! Je ne rate aucune vidéo de Dieudonné! Il faut connaître l’ennemi de ses amis. Je prends le temps de voir, d’écouter, de réfléchir, avec parfois la nausée sartrienne d’être un homme, d’exister.

C’est un principe ancien chez moi. J’ai lu Mein Kamp et j’essaie, dans la mesure du possible (je n’ai pas que ça à faire), de lire Soral.

Je ne reviens pas sur les ressorts tacites de la conduite de Dieudonné. J’y ai consacré un autre article sur ce blog.

Ce qui m’intéresse, c’est de mettre en valeur l’impuissance totale du politique et l’inanité débile, au sens étymologique, du droit sur cette question.

Abrogez la loi Gayssot et laissez-nous  débattre contre Soral et consorts! La loi Gayssot s’est retournée contre elle-même! L’histoire a besoin d’être défendue par ceux qui la lisent!

Oui, deuxième aveu, j’étais résolument contre l’interdiction du spectacle de Dieudonné pour une raison: quand la démocratie met l’histoire sur le terrain de la morale, en oubliant le terrain de la connaissance, elle perd d’avance le combat. Ces postures médiatiques, publiques, ne sont pas neutres! et transforment le bourreau en victime. Vous avez perdu! encore!

Effectivement le spectacle intitulé « Le Mur » allait beaucoup trop loin, mais interdire un spectacle un an après sa création, c’est en faire sa promotion, transformer le révisionniste en penseur!

Vous n’êtes pas d’accord? Attendez un peu…

Pire! mille fois pire! Après avoir visionné « Asu Zoa », je me rends compte qu’on a affaire mot pour mot au même spectacle, sans les outrances du « Mur », mais avec des non-dits que tout le monde comprend. Politiques, je ne sais pas si vous avez joué, mais vous avez perdu! Je vois le spectacle que vous avez interdit!

Cette incurie du politique, personne n’en parle. Cette infirmité patente des médias, tout le monde s’en fout, puisque les médias se parlent à eux-mêmes dans un onanisme qui n’a rien d’orgasmique. Qui a souligné ce phénomène? Imprécations, condamnations ne valent jamais le terrain de la connaissance historique.

Lisez et écoutez vos ennemis, vos amis pensent la même chose que vous… J’ai cherché et j’ai lu des analyses des précédents spectacles. Rien! à part des jugements catégoriques et manichéens. Hélas, la réalité est beaucoup plus dangereuse parce que le talent de Dieudonné est réel: Le sketch sur la fin du monde est une belle réussite comme les films de propagande de Leni Riefenstahl ou les pamphlets de Céline. Si le mal n’avait aucun talent, cela se saurait.

Dieudonné applique le principe de Goebbels, explicité dans son Journal: quand tu veux qu’une contrevérité s’applique comme un stéréotype, tu la répètes sans l’expliquer. L’antisémitisme n’est plus une idée, une doctrine, elle devient un stéréotype, un réflexe conditionné. Le danger suprême est atteint.

Moi, je ne suis rien, je ne représente rien, mais j’ai plus de vingt ans de lectures sur la Shoah. Si j’étais quelque chose, je dirais aux politiques: abolissez la loi Gayssot et laissez-nous intervenir sur le terrain de la connaissance et de la déconstruction des discours! Toute démocratie qui ne fonctionne pas sur le principe de la connaissance signe son hallali. Vous avez essayé, vous avez perdu! Le champ du politique n’est pas celui de la politique.

Alors quand Dieudonné estime que Disney rend mieux hommage aux Indiens d’Amérique qu’Auschwitz aux Juifs, nous ne sommes pas seulement dans une banalisation de la Shoah (encore un stéréotype terminologique qui ne doit pas avoir lu grand chose sur la question), mais dans l’ignorance complète et outrancière de ce qui a eu lieu.

Messieurs les politiques, l’outrance a gagné. Dieudonné vous a bien eu.

 

 

 

 

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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