Etat de la science avant la Shoah (2)

 

« Darwin, en formulant le principe de la lutte pour l’existence et de la sélection, n’a pas seulement révolutionné la biologie et la philosophie naturelle: il a transformé la science politique. La possession de ce principe a permis de saisir les lois de la vie et de la mort des nations, qui avaient échappé à la spéculation des philosophes (…) C’est la sélection qui, modifiant sans cesse la composition des peuples, fait émerger des couches nouvelles et prépare au sein des masses mêmes les phénomènes déterminants de la vie et de la mort, de la croissance et du déclin des nations (…) Cette proposition est la thèse fondamentale de la sociologie darwinienne, le credo de l’école sélectionniste (…) Nos Antilles, où l’élément blanc a presque disparu, Haïti où les mulâtres mêmes ont succombé à la barbarie, sont des exemples connus. On sait moins ce qui se passe autour de nous, où les brachycéphales ont presque fini d’éliminer le sang européen (…) Tous ces exemples nous permettent de voir autre chose qu’un fait isolé dans ce phénomène étrange en apparence de la destruction des meilleurs par les pires parmi les hommes vivant en société. Ces pires sont moins adaptés au milieu, comme les parasites, comme les microbes, comme les insectes qui ont détruit les espèces les plus grandes, les mieux armées, les plus intelligentes du monde paléontologiques (…) Sélectionnistes, tous les peuples qui refusaient de mêler leur sang à celui des nations inférieures; sélectionnistes, les législateurs qui prohibaient les unions entre les classes. Le système des castes est pratiquement un essai de spécialisation, analogue à celle dont les sociétés animales nous fournissent l’exemple (…) Le sélectionnisme scientifique ne date cependant pas que de Darwin et s’est développé dans son entourage immédiat. La première manifestation de l’idée se trouve dans la préface mise par Clémence Royer en tête de la traduction de l’Origine des espèces (…) La théorie de l’eugénisme et du progrès de l’humanité par l’emploi de la sélection raisonnée est une application directe de l’hérédité (…) Que la question soit surtout aryenne est une vérité d’évidence pour quiconque est fixé sur la provenance anthropologique des hommes d’une organisation complète et d’un mérite éminent. Les Aryens, leurs sous-races et leurs métis fournissent seuls et par privilège les esprits de type supérieur que je vous ai décrits l’an dernier (…) Le type intellectuel à se proposer devrait donc se confondre avec le type aryen. »

Vacher de Lapouge, Les sélections sociales, Paris, 1896.

Cité par Y. Conry, L’introduction du darwinisme en France, Vrin, 1974, pp. 245-246.

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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