Les autres comme rien

Hitler a joué sur la veulerie générale et a gagné. Le sang versé ne retombe pas uniquement sur l’assassin, mais sur tous ceux qui connaissaient le crime et ne protestaient pas. Voilà pourquoi j’ai peur du monde, et ne sais pas comment la conscience s’y éveillera à nouveau. Ah, voyez un peu, s’il faut chercher loin les nazis et les fascistes? C’est parmi nous, d’abord, qu’il convient de les chercher. Je dirai même plus: c’est en nous-mêmes que réside déjà un peu de cette infection terrible. Avec l’égoïsme qui est en chacun de nous, pousse cette ombre malfaisante qui vous fait regarder les autres comme rien…

Ah, le fascisme raisonnable, voilà l’idéal du monde futur!

 

Julien Unger, Le Sang et l’Or, Editions Le Manuscrit, 2007, p.255. Réédition de l’édition Gallimard de 1946.

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

Une réflexion sur « Les autres comme rien »

  1. Dans un monde dont l’appât du gain est le moteur, la conscience se fait un bien de plus en plus rare. Ceux qui connaissaient le crime et ne protestaient pas ne l’ont pas toujours fait par lâcheté, mais par opportunisme, pour atteindre leurs propres objectifs. Et puis, des taches de sang, cela part à la lessive ….

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