Tout le monde aime les enfants

« La petite colonne était emmenée par un SS qui en bon Allemand aimait les enfants, même ceux qu’il conduisait dans l’autre monde. Il avait été particulièrement charmé par un garçon d’une douzaine d’années, un jeune violoniste qui avait pris son instrument sous le bras. Il lui a demandé de se placer en tête de la procession et de jouer des airs entraînants. C’est de cette manière qu’ils se sont mis en route.

Lorsque je les ai croisés rue Gesia, les bambins ravis chantaient tous en choeur, accompagnés par le petit violoniste. Korczak portait deux des plus jeunes orphelins, lesquels rayonnaient aussi tandis qu’il leur racontait quelque conte merveilleux.

Je suis certain que même bien plus tard,au camp, lorsque le gaz zyklon B commençait à attaquer leurs poumons et qu’une terreur indicible succédait à l’espoir, je suis certain que « Papy Docteur » a dû parvenir à leur murmurer, dans un dernier effort: »Tout va bien, les enfants, tout ira bien », et qu’il a au moins essayé d’épargner aux petits dont il avait la charge l’approche effrayante de la mort »

 

Wladyslaw Szpilman, Le pianiste, édition Pocket, P.136-137.

 

Publié par

Didier Durmarque

Didier Durmarque est professeur de philosophie en Normandie. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont la plupart sont des approches de la question de la Shoah. Moins que rien (2006), La Liseuse (2012) étaient des approches littéraires et romanesques de la question du néant, de l’identité et de la culture à partir de la Shoah. Philosophie de la Shoah (2014) Enseigner la Shoah: ce que la Shoah enseigne (2016) et Phénoménologie de la chambre à gaz (2018) constituent une tentative de faire de la Shoah un principe de la philosophie.

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